
Publié le 14 octobre 2026
Grounded : un tour du monde, des pois jaunes et une idée qui fait du chemin
Partir faire le tour du monde en famille et revenir avec une entreprise en tête, ce n’était pas exactement le programme prévu par Claudia Breton et Maxime. Pourtant, dix mois, plusieurs pays et une découverte dans une épicerie turque plus tard, le couple rentre au Québec avec une idée bien précise : rendre l’alimentation végétale plus accessible, sans sacrifier le plaisir de manger.
Aujourd’hui, leur marque Grounded se distingue avec ses emballages colorés, ses produits à base de pois canadiens et ses recettes qui parlent aux Québécois, des cretons à la sauce à spaghetti. Derrière cette jeune entreprise qui avance à toute vitesse, il y a surtout deux entrepreneurs qui ont décidé de faire les choses à leur manière.
Un voyage qui change les plans
Avant Grounded, Claudia travaillait en recrutement et en chasse de têtes, tandis que Maxime, comptable de formation, occupait un poste de direction dans le secteur immobilier. Rien ne les destinait particulièrement à l’alimentation.
En 2023, ils décident de partir un an autour du monde avec leurs enfants. Un voyage qui leur ouvre les yeux sur bien des choses, notamment sur leur propre mode de consommation et les changements climatiques. En Europe, ils affrontent des températures avoisinant les 45 °C ; aux Maldives, on leur parle d’îles menacées par la montée des eaux : ces expériences les poussent à se documenter et à réfléchir aux gestes qu’ils pourraient poser pour réduire leur impact environnemental.
Une idée fait progressivement son chemin : manger moins de viande, et surtout aider d’autres personnes à en faire autant. Mais comment transformer cette conviction en projet concret ? La réponse les attend dans une épicerie, à plusieurs milliers de kilomètres du Québec.

Le déclic dans une épicerie turque
En Turquie, Claudia et Maxime remarquent un emballage coloré sur une tablette. Ils ne comprennent absolument rien à ce qui est écrit dessus, mais reconnaissent des boulettes végétales sur la photo. Intrigués, ils achètent le produit et rentrent à leur logement avec une petite mission pour Google Traduction.
Ils découvrent qu’il s’agit de keftas préparés avec de la protéine végétale texturée de pois jaunes. « Je suis tombée en bas de ma chaise ! », raconte Claudia, impressionnée par le goût et surtout par la texture.
La découverte est d’autant plus intéressante que le Canada est un important producteur de pois jaunes. Pourquoi ne pas utiliser cette ressource d’ici pour créer des produits adaptés aux habitudes alimentaires québécoises ?
Pendant le reste du voyage, le couple multiplie les recherches, explore les fournisseurs, imagine des recettes et commence même à réfléchir au nom de sa future marque. L’enthousiasme devient tel qu’ils décident finalement de rentrer après dix mois, plutôt que les douze prévus. « On avait tellement hâte de mettre le projet sur pied ! »

Des pois canadiens dans nos classiques québécois
De retour à la maison, Claudia et Maxime commandent une impressionnante collection d’épices et transforment leur cuisine en laboratoire de recettes. La production commence ensuite dans leur garage, avec une première stratégie de vente en ligne. Les débuts dépassent rapidement leurs attentes : Claudia se souvient d’environ 200 commandes dès la première semaine.
Leur pari ? Proposer des protéines végétales qui trouvent naturellement leur place dans les repas du quotidien, sans demander aux familles de réinventer complètement leur façon de cuisiner.
La gamme Grounded mise donc sur des saveurs familières : sauce à spaghetti, mélange tex-mex, préparation pour burgers et même cretons végétaux. Parce qu’au Québec, une sauce à spaghetti ou des cretons, ça parle à pas mal de monde !
À la base de ces produits se trouve la protéine végétale texturée, ou PVT, fabriquée à partir de pois jaunes canadiens. Le principe est assez simple : on extrait les protéines des pois, puis on leur donne une texture à l’aide d’eau et d’un procédé mécanique appelé extrusion. Les mélanges assaisonnés permettent ensuite de préparer rapidement des repas sans viande.
Et contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, Grounded ne s’adresse pas uniquement aux végétariens. Claudia souhaite surtout rejoindre les personnes qui aimeraient réduire leur consommation de viande, sans renoncer aux plats qu’elles connaissent et apprécient. Avec des produits savoureux, pratiques et abordables, les alternatives végétales ont de sérieux arguments pour se faire une place dans nos assiettes.
Encore faut-il oser les essayer ! Comme le souligne Geneviève O’Gleman, faire évoluer notre alimentation passe aussi par notre curiosité. Derrière chaque nouveau produit d’ici, il y a des entrepreneurs qui prennent des risques pour proposer autre chose. Et en leur donnant une chance, les consommateurs contribuent eux aussi à faire grandir une offre alimentaire québécoise toujours plus riche, diversifiée et innovante.

Une petite équipe qui voit grand
À regarder la marque, ses emballages colorés et sa présence sur les réseaux sociaux, on pourrait croire que Grounded compte déjà une équipe imposante. La réalité est plutôt surprenante : « Comme employés Grounded, il y a juste moi et Max ! », révèle Claudia.
Le couple a choisi de s’entourer de partenaires spécialisés pour faire grandir l’entreprise rapidement, sans perdre de vue les convictions qui l’ont fait naître. Et certaines décisions sont loin d’être les plus économiques !
Alors que des protéines végétales importées pourraient leur coûter moins cher, Claudia et Maxime privilégient les pois canadiens. Ils ont également réfléchi à leurs emballages et à leurs méthodes de livraison, notamment en adoptant des sacs réutilisables pour certaines commandes en ligne.
Avant même d’avoir vendu leur premier produit, Grounded avait aussi adhéré à 1 % for the Planet, s’engageant à consacrer 1 % de son chiffre d’affaires à des organismes environnementaux.
Pour une jeune entreprise, ces choix représentent des coûts supplémentaires, mais ils traduisent une volonté bien précise : bâtir une marque dont les décisions sont cohérentes avec les valeurs qui ont inspiré sa création.

Les deux pieds sur terre, les yeux tournés vers l’avenir
Le nom Grounded résume d’ailleurs assez bien leur philosophie. Claudia cherchait un nom bilingue qui pourrait accompagner la marque partout au Canada, voire plus loin. Elle a trouvé un double sens qui lui plaisait : l’expression québécoise « avoir les deux pieds sur terre » et le mot anglais ground, qui évoque notamment la viande hachée qu’ils souhaitent remplacer.
Un nom anglophone pour une entreprise québécoise ? Claudia reconnaît que cela peut parfois brouiller les pistes. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles la présence du logo Aliments du Québec sur les emballages lui tient à cœur : il permet de mettre en évidence l’origine québécoise de l’entreprise et son engagement envers les produits d’ici.
Mais Claudia ne souhaite pas seulement vendre davantage de sacs. Son ambition est de faire de Grounded une référence canadienne de la protéine végétale locale et de continuer à proposer de nouvelles façons de l’intégrer aux repas.
Elle sait aussi qu’un changement durable ne se fait pas nécessairement du jour au lendemain. « On n’a pas besoin d’atteindre la perfection pour avoir un réel impact. » Une philosophie qui résume bien le parcours de Claudia et Maxime : pas besoin de changer toutes ses habitudes d’un seul coup pour faire une place à quelque chose de nouveau. Parfois, il suffit d’être curieux, d’essayer un produit d’ici et de découvrir qu’il pourrait bien devenir un nouveau classique de la maison.
Pour découvrir comment une épicerie turque a donné naissance à Grounded, entendre Claudia raconter les débuts dans le garage familial et en apprendre davantage sur les choix qui guident l’entreprise, écoutez l’épisode complet du balado avec Geneviève O’Gleman.











