
Publié le 29 septembre 2026
Signé Caméline : la petite graine qui a changé bien des choses
On l’appelle aujourd’hui « Madame Caméline ». Et pas seulement à Saint-Édouard : Chantal Van Winden raconte en riant avoir déjà été reconnue ainsi dans un marché à l’autre bout du monde. Un surnom qu’elle porte avec beaucoup de fierté.
Grande blonde volubile, sourire facile et énergie à revendre, Chantal ne passe pas exactement inaperçue. Il faut dire qu’elle a grandi dans une famille de douze enfants : « la vie qui bouge », comme elle dit, elle connaît.
Physiothérapeute de formation, mère de quatre enfants, issue du milieu agricole et entrepreneure dans l’âme, Chantal a toujours eu un fil conducteur : la santé. Comment prendre soin de soi, mieux s’alimenter, améliorer sa qualité de vie? Une quête qui finira par la ramener à ses racines agricoles… et vers une minuscule graine jaune qui poussait déjà dans les champs de sa famille.
La caméline.
Une plante nordique encore méconnue au Québec, mais qui allait changer pas mal de choses dans sa vie. Car quelques années plus tard, Chantal aura quitté la physiothérapie, hypothéqué sa maison, transformé son garage en premier lieu de production et fait voyager ses huiles jusqu’en Europe et en Asie.
Mais pour comprendre comment une physiothérapeute est devenue « Madame Caméline », il faut revenir quelques années en arrière.

Quand la vie change les plans
À l’approche de la quarantaine, après quatorze ans comme physiothérapeute à l’hôpital, Chantal commence à se demander ce qu’elle veut faire des vingt prochaines années.
« J’avais besoin de défis. J’avais besoin que ça bouge plus. »
L’envie de revenir vers l’agriculture est déjà là. Mais Chantal veut aussi conserver ce qui l’anime dans son métier : son intérêt pour la santé et l’alimentation. Elle ne sait simplement pas encore quelle forme tout cela pourrait prendre.
Puis survient un événement qui bouleverse la famille. Raymond, son conjoint, est frappé par un camion et subit un grave accident. Les années qui suivent sont éprouvantes et, avec trois jeunes enfants, le travail et la ferme, le couple finit par décider de mettre le quotidien sur pause.
Ils partent trois mois en roulotte avec leurs filles, traversent les États-Unis et poursuivent leur route jusqu’au Mexique. « Ça a été la meilleure décision de notre vie », raconte Chantal.
Cette parenthèse leur permet de retrouver un équilibre et donne aussi à Chantal l’espace nécessaire pour réfléchir à la suite. Une suite qui, sans qu’elle le sache encore, pousse déjà dans leurs champs.

Une petite graine nordique sous leurs yeux
Depuis quelques années, Raymond expérimente en effet avec une culture encore très peu connue au Québec : la caméline. Comment elle est arrivée jusqu’à leur ferme? Chantal raconte tout dans le balado.
Cette petite graine oléagineuse a tout pour piquer sa curiosité : c’est une plante nordique, bien adaptée aux climats froids, dont on peut extraire une huile dorée au goût délicat. Elle contient aussi naturellement des oméga-3, ces gras essentiels que notre corps ne fabrique pas lui-même et qu’il doit trouver dans l’alimentation.
Or, Chantal s’intéresse justement aux oméga-3 depuis quelque temps. Geneviève O’Gleman résume parfaitement l’ironie de la situation : « Tu cherchais des oméga-3 désespérément, puis pendant huit ans, il y en avait dans ton champ. »
Tout à coup, plusieurs morceaux de sa vie se rejoignent : ses racines agricoles, sa formation en santé, son intérêt pour l’alimentation et son envie d’entreprendre. Et si cette petite graine d’ici pouvait devenir beaucoup plus qu'une culture dans leurs champs?

Hypothéquer sa maison pour une petite graine
Chantal décide de le découvrir et n’y va pas exactement à moitié. « J’ai hypothéqué ma maison. J’ai laissé ma carrière, ma profession, mon ordre complètement. » La production démarre dans le garage familial, réaménagé pour répondre aux normes. Et comme les coïncidences font parfois bien les choses, leur troisième voisin possède justement… un pressoir.
Chantal apprend, teste, s’entoure de gens qui connaissent le métier et développe son huile. Puis vient une commande qui lui fait comprendre que son pari est peut-être en train de fonctionner : une palette complète pour les magasins Avril. « Là, j’ai dit : ben là, le produit, ça va marcher. On peut se lancer. »

De Saint-Édouard au reste du monde
Ce qui distingue aussi Chantal, c’est cette tendance à se demander constamment : et si on essayait autre chose? Un jour, après avoir torréfié des graines de caméline, elle décide de les passer au pressoir pour voir ce que cela pourrait donner.
Avec ses arômes de noisettes et d’arachides grillées, cette huile deviendra l’une des innovations phares de Signé Caméline. Elle remportera notamment le premier prix au SIRHA Innovation à Lyon en 2023, une première pour un produit canadien !
L’expérimentation se poursuit depuis sous toutes sortes de formes : huiles, graines, huile au goût de beurre et même un shoyu fabriqué à partir du tourteau de caméline, ce qui reste après le pressage, et de pois jaunes d’ici, fermentés pendant douze mois au Québec.
En une dizaine d’années, le projet né dans le garage familial a aussi largement dépassé les frontières de la Montérégie. Une mission commerciale au Japon mène à une première commande quelques semaines plus tard; les produits trouvent leur chemin vers la France, la Corée et d’autres marchés, tandis que la caméline de Saint-Édouard attire l’attention de chefs à l’international.
Et c’est peut-être ce qui rend cette success story particulièrement savoureuse : tout ce chemin parcouru repose sur une plante adaptée à notre climat, cultivée au Québec et transformée à Saint-Édouard.
Quand on pense à la physiothérapeute qui cherchait encore, quelques années plus tôt, ce qu’elle ferait des vingt prochaines années, la boucle est plutôt belle. Chantal n’a pas inventé la caméline : elle a vu tout le potentiel d’une petite graine qui poussait déjà ici et a décidé de la faire découvrir bien au-delà de son champ.
Pour entendre Chantal raconter elle-même son parcours de vie et les débuts de Signé Caméline, écoutez l’épisode complet du balado avec Geneviève O’Gleman.











